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Gabon Hôpital Schweitzer Lambaréné

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coq en stock

                               Si l'âne est l'animal le plus dangereux d'Afrique, le coq en est le plus nuisible. Ceux qui ont eu suffisamment de courage ou trop de désoeuvrement pour suivre jusqu'à ce stade mes chroniques savent le sentiment trouble qui m'unit à ces deux animaux qui, du coq à l'âne, jalonnent mon parcours africain. Ayant déjà narré les vertus accidentogènes de l'équidé mentionné qui loin devant le paludisme, le terrorisme et le pessimisme représente le plus grand danger pour le voyageur en Afrique, je pensais arrivant dans ce havre de paix qu'est l'hôpital Schweitzer, avoir tel un soldat ayant échappé à un champ de mines antipersonnelles mérité un repos compensateur au milieu de ce cadre quiet de l'Ogoué. Las, si l'âne ne figure pas au tableau des espèces endémiques d'Afrique centrale, son compère gaulois autre fléau suicidaire des bitumes africains s'y est développé comme un coq en pattes.
  
 

En arrivant à l'hôpital Schweitzer, on pénètre d'abord dans l'espace du nouvel hôpital avec sur la gauche la lingerie, les bâtiments administratifs, les pavillons d'hospitalisation de médecine, de chirurgie, la maternité et la pédiatrie, et la polyclinique qui héberge le laboratoire, la pharmacie, la radiologie, les urgences et les consultations. Plus loin on arrive au laboratoire de recherche et aux logements des médecins, des stagiaires et de l'encadrement administratif et technique.

 

      





































































































































































































































   
   
Si l'on se dirige vers la droite à l'entrée, on passe devant des logements du personnel local, l'économat, la PMI, pour parvenir à l'ancien hôpital transformé en musée, en réfectoire, en chambres pour les touristes et en quelques logements locaux. L'ancien hôpital réhabilité languit au bord du fleuve qui sur sa berge accueille le petit cimetière de la famille Schweitzer et de quelques personnages émérites ayant marqué la vie de l'hôpital.

 

 

 

 A partir du  débarcadère en contrebas on peut embarquer pour une ballade sur le fleuve et les lacs ou une visite des dispensaires pour les infirmières de la PMI. De la table du réfectoire, c'est avec cette vision que je bois mon café tous les matins.

 

 

 

 

 













L'ensemble du site doit couvrir une dizaine hectares. On y trouve également une école, une crèche, d'autres bâtiments techniques et même un petit stade de football sur les hauteurs. Depuis le réfectoire, je peux rejoindre ma petite maison par un chemin de terre qui longe le fleuve, bordé de part et d'autre par un marécage luxuriant. Palmiers et cocotiers, hibiscus et bougainvilliers, manguiers et bananiers jalonnent cet espace qui se laisse bercer par une légère brise de fin d'après-midi. En saison des pluies d'extraordinaires couchers de soleil mêlant leurs teintes jaunes, orangées et pourpres baignent cet ensemble d'une luminosité incomparable.

 

 

    Mais, car il y a toujours un mai comme dirait Cohn-Bendit, dans ce cadre enchanteur l'ennemi veille ne se résolvant pas à laisser la perfection se répandre sur cet Eden. Je l'aperçois de ma fenêtre, dans son magnifique uniforme de campagne, galons aux épaules, fanfreluches sur la tête, décorations sur la poitrine. Il est sournois, s'infiltrant silencieusement sous les maisons, guettant sur les branches basses des arbres, se faufilant dans les herbes. Et puis il surgit sans prévenir, poussant son horrible cri de guerre à l'heure la plus inopportune, au réveil bien sûr où il vous lacère les tympans de ses tonalités discordantes mais surtout bien pire, à l'heure bénite entre toutes, celle de la sieste où après une matinée de travail bien remplie dans la chaude moiteur équatoriale de l'hôpital suivie d’un bon repas, vous aspirez à gésir paisiblement, la bave aux lèvres, sous le souffle bienfaiteur d'un ventilateur conciliant.

La tête déjà sur l'oreiller, le tulle de la moustiquaire ondulant régulièrement au rythme du déplacement d'air, vous abandonnez vos muscles et vos pensées à la magie rédemptrice de l'instant, sombrant nonchalamment dans une tendre apesanteur vitelline. Le monde se dilue, une vague lumière persiste encore derrière vos paupières, dans quelques secondes vous plongerez dans l'univers régénérateur d'un néant reptilien.

 

  

 

ET C'EST A CE MOMENT, fourbe, traître et démoniaque, qu'habilement dissimulé sous la fenêtre qui jouxte votre lit, il vrille soudain tout votre être de sonorités suraigües déraillantes qualifiées chez les chauvins ( je parle des individus au patriotisme exacerbé et non du patronyme du mari de ma soeur à qui je renouvelle tout mon respect et mon admiration car j'ai encore quelques services à lui demander) de « cocorico » bien que n'eusse jamais reconnu cette analyse syllabique dans ce hurlement intempestif. Pour la seconde fois de la journée cet animal dont l'existence peut se justifier à la rigueur sur un stade de rugby pour un match France-Angleterre du tournoi des six nations mais pas dans l'enceinte d'un hôpital de notoriété internationale et surtout pas sous mes fenêtres, vient vous gâcher l'harmonie d'une béatitude espérée. Tous les jurons de toutes les langues de la terre ne suffisent plus  à contenir votre rage et vous rêvez alors de carabine à plomb, de couette en plume de coq, de bombes à fragmentation, d'abattoirs à volailles, de coq au vin, de pare-choc assassin, de torsions cervicales, de guantanamo gallinacée et autres tourments que les morales républicaines et religieuses réprouvent en temps de paix mais qui peuvent trouver leur justification dans ces circonstances exceptionnelles. Car je ne fais que citer les deux moments les plus cruciaux de la journée où ce maudit volatile vient vous perturber l'existence mais il faut savoir que celui-ci, l'horloge biologique peut-être perturbée par sa position sur l'équateur et l'équitemporalité du jour et de la nuit, vocifère à n'importe quelle heure du jour et de la nuit. De plus, il existe à l’intérieur de l’hôpital une évidente surpopulation de coqs par rapport aux poules et chacun s'emploie donc à déployer au maximum son organe vocal pour attirer l'attention et séduire les mères de leurs œufs ce qui entraîne des concerts d’invectives dissonantes à n’en plus finir.

 

Je m'en suis ouvert au directeur qui m'a promis de prendre en compte ce problème crucial pour la sérénité de l'hôpital et pour la santé mentale des soignants. J'ai trouvé cependant qu'il me regardait d'un drôle d'air pendant que je lui expliquais longuement la teneur de mon exacerbation et qu'il prenait beaucoup de notes tout en acquiesçant à mes propos. J’espère ainsi par mon action laisser une trace indélébile dans l’histoire de l’hôpital Schweitzer.

A la fin de notre entretien, il m’a chaleureusement serré la main tout en me demandant si à part j’allais bien, si je n’avais pas eu de traumatisme psychologique récent et si je me sentais bien à l’hôpital. Je lui ai répondu qu’à part ce problème tout allait pour le mieux tout en réajustant mon antenne hertzienne que j’avais laissée dans le porte-parapluie à l’entrée du bureau.

 

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