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27 juin 2022 1 27 /06 /juin /2022 19:26

 

 

Le village Ompomouena souligne la courbure accentuée de l'Ogooué vers Port-gentil.

A droite, on rejoint Ngomo et sa célèbre mission.

Tout droit, la rivière aux pélicans abreuve les lacs du Sud.

Nous avons quitté Lambaréné tôt ce matin en kayak. Nous nous laissons dériver dans ce couloir. 

Un peu plus loin, la rivière Ezanga se dérobe discrètement vers la gauche. 

D'immenses fromagers autrefois peuplés de dizaines de pélicans marquent l'entrée de la rivière Evaro.

C'était avant.

Les pélicans ont aujourd'hui disparu. On en croise encore parfois dans les lacs.

Les hippopotames, eux, sont toujours là, cerbères vigilants de la porte Evaro, attirant les touristes venus en villégiature à l'hôpital Schweitzer.

A l'instar de la rivière Moukalaba, l'approche de ces mastodontes en kayak est toujours délicate.

Poussés par le courant, nous avançons prudemment.

Quelques hérons, posés sur les berges, décollent au dernier moment sur notre passage.

Méfiants, un peu tendus même, nous scrutons la surface de l'eau à l'affût du souffle de la bête.

Nous atteignons cette fameuse intersection. Aucun pélican. Aucun hippopotame.

Quand les eaux sont hautes, ils se dispersent et rejoignent les marécages.

Je dérive sur le côté opposé. Olivier reste au milieu. Toujours rien.

Nous dépassons le carrefour quand soudain résonne dans le sillage du kayak d'Olivier le puissant grognement caractéristique de l'hippo mécontent.

 

 

 

 

 

 

 

 

Malgré notre vigilance soutenue il a échappé à nos radars.

Il est à distance, mais nous sommes passés à son aplomb sans nous en rendre compte, et il faut reconnaître que jouer à chat perché avec ce genre de colosse acariâtre génère toujours sa petite dose de stress.

 

 

Nous pivotons nos embarcations pour l'admirer ....et le surveiller : belle bête!

Il nous observe lui aussi, puis s'enfonce à nouveau sous la surface.

Le courant nous emporte toujours et nous réalisons qu'il n'est peut-être pas seul.

En effet, nous croiserons plus loin à deux reprises une maman et son petit, que nous contournerons à bonne distance.

 

 

 

 

 

 

Les berges aux grands arbres et à la végétation touffue laissent place progressivement aux rives herbacées, roseaux et papyrus, des marécages, régulièrement lacérées par les passages d'hippopotames.

 

 

 

 

 

Ici commence et s'étend véritablement le delta de l'Ogooué.

 

 

Puis apparaît le lac Onangué, le plus grand lac du Moyen-Ogooué, vaste esplanade liquide qui redessine un horizon lointain, peuplé de reliefs montagneux, où le regard se disperse loin des tentures végétales qui voilaient sa perspective.

 

L'après-midi est déjà bien avancé, le vent s'est levé, face à nous, et soulève des vagues hostiles.

Il nous faut songer à trouver un emplacement pour le bivouac du soir.

Aucun banc de sable n'est visible. Nous devons de toute façon traverser le lac pour rejoindre l'autre rive.

En kayak, lutter contre le courant est une épreuve, lutter contre le vent en est une autre.

La traversée est longue, éprouvante.

En rivière, les arbres sont des bornes qui permettent d'évaluer notre progression.

Au milieu d'un lac, on se retrouve sans repère.

J'ai l'impression que je n'avance pas, que les vagues sont de plus en plus fortes, que le vent me repousse en arrière.

Dans ce genre de situation, seul le pilotage automatique est salutaire : fermer les écoutilles du cerveau aux doutes et aux atermoiements, se mettre en mode robot mécanique ou buffle obstiné, se coller au fond de son siège flottant, et ramer.

Pagayer. Souquer ferme. Avancer. Encore. Allez !

 

Une île apparaît, Encore assez loin. Des arbres.

ça ne va pas être simple pour poser les tentes mais on n'a pas le choix. 

Avec les machettes, on pourra s'ouvrir un espace. Olivier a pris de l'avance.

La lumière baisse mais le vent ne s'atténue pas.

Il m'a déporté sur la gauche, vers une autre île, qui semble bordée d'une bande jaune.

 

Une plage ! Je crie. malgré le vent, il m'entend.

Une île, une île au large de l'espoir, Brel me redonne du courage.

Je ne resterai pas dans la tente .....

 

 

 

 

 

Une pointe d'île, une langue de sable, à cheval sur le lac, quelques arbres évasés pour abriter nos tentes, le bivouac parfait, prêt à nous accueillir.

Une vraie plage.

Il faut juste se poser, profiter des derniers rayons du soleil, se baigner dans l'onde apaisée de l'autre côté.

Un pélican se pose sur un îlot juste en face.

 

Nous repartons le lendemain plein sud. Le vent s'est calmé.

Deux pêcheurs dans leur pirogue, amusés de nous voir là, s'approchent de nous.

Ils nous indiquent le plus court chemin dans le dédale des îles.

Nous nous infiltrons dans ce labyrinthe, saluons au passage respectueusement la propriété de "Madame", les gens d'ici comprendront, pour atteindre un banc de sable qui marque l'entrée du lac Oguemoué, notre destination.

 

Nous nous arrêtons tout d'abord au village Nlong, afin de présenter nos civilités au chef de village et au chef de regroupement. Nous sommes chaleureusement accueillis.

On nous fait visiter le village, remarquablement situé au pied d'une savane vallonnée coiffée d'un couvre-chef forestier. De jolies cases agrémentent le parcours.

Un petit kiosque au bord du lac invite à une pause contemplative.

Des enfants jouent et courent entre les arbres.

Des hommes s'affairent autour de leurs canots.

D'autres creusent une pirogue en bois dans un gros okoumé.

Des femmes pilent le niemboué (pulpe des noyaux de palme).

    

 Le temps s'écoule tranquillement

  au village Nlong.

 

 

 

Mais nous devons déjà repartir. Il est midi passé.

Le soleil est en mode cuisson intensive.

Nouvelle longue traversée, jusqu'au campement de nos amis Heather et Cyril.

Une agréable terrasse en bois surplombe le lac.

De petites plateformes couvertes abritent de confortables tentes.

On est juste au bord du lac et à proximité de multiples balades en forêt.

L'écotourisme prend ici tout son sens.

L'association OELO qu'ils ont fondée a initié avec les populations et les pêcheurs locaux un plan d'aménagement du lac et participé à la création de coopératives de pêche durable dans différents villages.

Des clubs "nature" ont également été créés dans les écoles afin de promouvoir la sensibilisation à la conservation. Et cela fonctionne !

L'enthousiasme évident des enfants lors de ces activités en est la plus belle illustration.

Nous approchons de l'extrémité sud du lac.

Nous passons devant le village Dakar pour longer la rive d'une nouvelle baie.

Une plage abritée se révèle un peu plus loin. L'endroit est parfait, nous nous y installons. 

Une petite pirogue en bois avec un vieux monsieur à l'avant et une mamie curieusement assise à califourchon à l'arrière vient vers nous. Le ton est un peu méfiant.

Nous nous présentons : ni pétroliers, ni forestier,s simples visiteurs.

Ils sont rassurés : " Vous savez, il y a parfois des gens qui viennent faire des choses méchantes ici".

Nous n'en saurons pas plus.

 

 

Le lendemain, nous retrouverons maman Jeannette, seule cette fois dans sa petite pirogue en bois en train de poser ses filets. Elle nous salue cette fois d'un grand sourire.

Nous ne sommes plus des intrus suspects, simplement un petit événement dans le cycle imperturbable de ses jours, dans le calme intemporel de cette baie du bout  du bout du lac Oguemoué.

 

 

 

 

 

Nous entrons ensuite dans une zone protégée, gérée par la coopérative et OELO.

Une bande de sable parfaitement dégagée s'offre à nous pour la prochaine nuit.

 

Elle nous mène à un ancien chantier forestier.

Nombreux sont encore ceux qui ont travaillé "chez Bescos", le gros employeur du coin à l'époque.

Un chantier abandonné, c'est une ville fantôme, avec ses cases des travailleurs, celles de l'administration, de la direction, rongées par les termites et l'humidité, ses engins et véhicules qui rouillent ici et là.

Deux ou trois cases semblent encore avoir été entretenues récemment et l'herbe a été coupée autour d'elles. Des chinois auraient eu des velléités de reprise du chantier, mais ça ne se serait pas bien passé avec la population. Ils sont partis.

Provisoirement ? L'affaire serait encore en cours....

Nous suivons la piste principale.

Ce qui devait être une jolie maison octogonale à deux étages, aujourd'hui délabrée, peut-être l'habitation du patron, fait face à une longue plaine qui faisait office de piste d'atterrissage, maintenant envahie par les hautes herbes.

De l'autre côté, la boutique-bar est la case qui a conservé le meilleur état.

Le retrouvaille des forestiers

On devine un atelier de réparation, un abri de pièces détachées, un autre magasin.

Des véhicules gisent ici et là, des 4x4, des camions, un bateau, une locomotive, un avion, qui rappelle la fin tragique du fils Bescos dans les eaux du lac.

L'homme a vestigé la Nature et la végétation va progressivement, comme à Azingo, comme à Evaro, Samkita, Ngomo, enfouir ces fabrications humaines.

Ces chantiers, ces missions, ces hôtels abandonnés laissent encore flotter les effluves du passé.

On devine l'organisation, les mécanos qui s'affairent, les gestionnaires qui comptent, les coupeurs qui se relaient, les boutiquiers qui notent à crédit, les chauffeurs qui rodomontadent, le contremaître qui court, le patron qui surveille.

Un théâtre d'ombres s'estompe derrière les outils, les engins et les cases.

 

La plaine Biba à l'extrême sud du lac est encore inondée.

En saison sèche, les éléphants, les buffles, les antilopes se régalent de l'herbe tendre proliférant sur ces zones alors découvertes.

 

Les traces d'animaux se croisent, éparses, sur les berges.

Les caméras-pièges, nouveaux outils de recensement des ONG de conservation, révèlent le miracle de la vitalité de ces sous-bois : chimpanzés, gorilles, panthères, éléphants, buffles, antilopes, potamochères, genettes, pangolins (cf page OELO) vaquent à leurs occupations, insouciants devant cet objectif immobile qui captent leurs faits et gestes.

 

Nous découvrons ensuite un autre chantier, plus à l'ouest, annexe du chantier Bescos?, dont l'abandon semble plus récent.

Le bar bleu

 

La case de l'artiste

 

 

 

 

 

 

Une piste mère s'enfonce dans la forêt, rejointe bientôt par de nombreuses filiales par lesquelles le bois était évacué. Nous la suivons sur quelques kilomètres.

 

 

 

Là-aussi les nombreuses traces laissées sur le sol confirment que les animaux reconquièrent le paysage. Une panthère est passée par ici cette nuit.

 

 

L'exploration du lac Oguemoué s'achève. 

Après une dernière nuit sur la plage d'accès au chantier Bescos, nous nous levons tôt pour une exploration plus en profondeur de la piste principale du chantier.

 

 

Le soleil tentait de hisser ses couleurs par delà les brumes matinales de la forêt équatoriale.

 

Une femelle sitatunga, surprise, s'enfuit à notre approche.

Des guêpiers à collier bleu éblouissent les premières lueurs du jour.

Nous arrivons à la verticale du lac Gomboué que l'on devine derrière un paravent sylvestre.

Plus loin, beaucoup loin, un entrelacs de pistes nous mènerait au chantier pétrolier Onal, et jusqu'au massif du koumouna-Bouali, près de Fougamou.

Un couple de touracos, en général assez farouches, se laissa admirer pendant de longues minutes.

Perroquets et calao longibande devisaient paisiblement, indifférents à notre démarche.

 

Des projets d'aménagement de cette zone du lac Oguemoué et de la région sud des lacs Ezanga-Oguemoué en aire protégée ont été décrits à la fin du siècle dernier.

La création du Parc National Evaro avait même été envisagée.

Les derniers lamantins pourraient ainsi être protégés, ainsi que la ressource halieutique en grand danger.

La biodiversité de cette région terrestre a été reconnue exceptionnelle, la variété des paysages, lacs, rivières, forêts, savanes, montagnes est remarquable.

Les populations sont de plus en plus sensibles à la préservation de leur environnement pour les générations futures.

Le Gabon vert est cité en exemple dans toutes les grandes manifestations internationales de protection de la Nature.

Les ONG de conservation y trouvent des interlocuteurs compétents et motivés.

 

Il y a des alignements d'étoiles qu'il ne faut pas manquer quand on est une planète habitée qui se soucie de son avenir...

 

 

 

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