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Gabon Hôpital Schweitzer Lambaréné

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Forêt

                                                                                                                                                                                    Le G.B.T. se poursuit vers le sud, direction Koulamoutou en traversant la forêt des abeilles.

 




Le Gabon étant un pays peu peuplé et une grande partie de la population étant regroupée sur Libreville, Port-gentil et Franceville, de vastes étendues de forêts et de savanes sont désertes et les bivouacs le soir sont faciles à trouver.

Bivouac dans la forêt, attention aux fourous.

 



































De Koulamoutou, nous voulons rejoindre Mimongo puis Lémamba. Mais je me fourvoie - suite à de mauvaises indications- dans le dédale des pistes. La piste que nous prenons se rétrécit au point de ne devenir à un moment donné qu'un large sentier creusé de ravines alternant avec des bourbiers. A 20 kms/heure de moyenne nous errerons pendant six heures dans les monts Chaillu sur des pistes impossibles. Mais nous prendrons conscience de l'immensité de la forêt, de son impénétrabilité en extrapolant les mêmes pistes en saison des pluies, et de l'isolement de certains villages à plusieurs heures du moindre poste de santé et très loin de tout hopital. Le bwiti, rite initiatique gabonais, est né dans cette région et une nuit dans la forêt permet de comprendre la préséance de forces obscures et les secours magiques et rituels auxquels s'adonnent ces populations seules face à l'imposante oppression de la nature.

 



























A un des nombreux carrefours, je m'arrête pour demander la direction à prendre pour Lébamba. Je voudrais vister l'hôpital de Bongolo, tenu par des américains et dont on m'a parlé plusieurs fois.

Pendant qu'un passant me répond, un autre arrive en courant : " On a une urgence, un malade très grave, il faut l'emmener à l'hôpital."

La nuit va bientot tomber et je n'aime pas rouler de nuit et faire 100 kms avec un malade à l'arrière avec les deux filles ne m'enchante pas. Je vais voir. Un garçon de 14 ans gît dans un camion qui l'a ramené du village. Il fait beaucoup moins que son âge, chétif et tout maigre. Il est inconscient, de la bave aux lèvres.

" Il a convulsé plusieurs fois aujourd'hui, il a beaucoup de fièvre, il tousse beaucoup et il a craché du sang".

C'est mal parti. Je l'examine sommairement. Il va mourir si je ne l'emmène pas à l'hopital, mais il va peut-être aussi mourir au cours du transport et de toutes façons, dans son état, même à l'hopital ses chances de       survie sont très faibles.

" Il est comme ça depuis quand ? il tousse depuis longtemps?"

Le père et la mère ont du mal a s'exprimer en français, c'est celui qui m'a interpellé qui répond /

" Il aurait eu la tuberculose en étant petit mais il a toujours toussé depuis"

Les gens me pressent maintenant, ils ont compris que j'étais médecin : " Docteur, il faut l'emmener à l'hôpital".

 






Bon on y va. Valentine et Ninon viennent sur le siège passager avant, on installe le gamin allongé à l'arrière avec son père et sa mère de chaque côté et Philippe qui se cale tant bien que mal contre la porte arrière.

Direction Bongolo.

 











Très rapidement la piste de dégrade et de nouveau des ravines et des ornières entravent notre progression. Il est plus de 18 heures maintenant et le crépuscule s'installe. C'est pas possible, à cette allure on y arrivera pas avant onze heures-minuit. J'entends derrière moi la respiaration rauque, rapide et saccadée de l'enfant. Au moins il respire.

Philippe me demande soudain de m'arrêter. Avec les secousses et les bonds de la voiture, le gamin a glissé vers l'arrière, il faut le remonter.

 




Je me demande si j'ai pris la bonne décision. A chaque instant, je guette sa respiration. Plusieurs fois on devra s'arrêter pour le réinstaller. A chaque fois j'ai une petite angoisse en allumant le plafonnier. Et puis s'il est vraiment tuberculeux comme il semble l'être, je risque de contaminer les filles avec un bacille peut-être multirésistant.

J'ai l'habitude de soigner des tuberculeux à l'hôpital Schweitzer et excepté ces cas de personnes qui ont arrêté, puis repris des traitements et qui développent des résistances, la maladie se soigne bien en six mois.

Mais j'ai aussi conscience des risques de contagion possible et si je mesure les chances de survie de ce pauvre garçon avec le risque modéré mais réel de contamination de ceux qui m'entourent, je me pose des questions.

La route est longue.

Enfin la piste s'améliore très nettement et je peux accélérer.

 

 

 

Nous arrivons à Bongolo vers 20H30. Cela fait un moment que je ne l'entends plus respirer. On nous dirige vers les urgences. Je rallume. Il respire toujours, faiblement, mais il respire. J'informe le médecin de garde de son état, m'assure discrètement qu'il est bien pris en charge, puis nous nous dirigeons vers la case de passage qu'on nous a proposée.

Les américains font bien les choses. L’appartement qu’ils nous ont attribué est plus que confortable et nous apprécions la douche et le luxe d’une cuisine équipée, le bon matelas et la véranda avec moustiquaire.






Le lendemain, je croise vers midi la médecin américaine qui s’est occupée de notre patient cette nuit. Après lui avoir attribué tous les soins nécessaires, son état ne s’est guère amélioré. S’il avait passé les trois ou quatre premiers jours à l’hôpital, peut-être avait-il une petite chance de s’en sortir mais ramener un cadavre de l’hôpital au village coûte entre 200000 et 400000 CFA alors qu’un taxi pour quelqu’un encore en vie beaucoup moins cher.


Ils sont partis tôt ce matin.

Son état était trop grave.

Nos arguments trop faibles.

L’hypothèse d’une guérison trop ténue.

Le corbillard trop cher.

Notre volonté de bien faire impuissante face au réalisme de leur résignation.


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