Gabon Hôpital Schweitzer Lambaréné
WAKA 26-27/06/09
Le président Bongo a décidé en 2002 la création de 13 parcs nationaux au Gabon après avoir écouté le récit de Mike FAY qui effectua un transect à travers le pays et lui rapporta l'extraordinaire diversité végétale et animale du pays et l'encouragea à mettre en oeuvre des mesures pour la protéger. Certains de ces parcs sont devenus célèbres comme la Lopé pour ses mandrills, Loango pour ses éléphants sur la plage, Mayumba pour sa lagune et ses sites de ponte de tortues luth.
D'autres sont beaucoup moins connus comme le parc de Waka :
" .... une des régions les plus mystérieuses à cause de la difficulté d'accès que constitue son sol appartenant à la partie la plus accidentée du massif du Chaillu, entre Fougamou et Mouila. La vallée de l'Ikobey représente un de ses atouts majeurs avec sa faille de 100 kilomètres de long au fond de laquelle coulent des eaux claires filtrées par le gravier de la rivière."
Il faut rejoindre Sindara, prendre la piste à gauche jusqu'au débarcadère. Le bac qui permet de traverser la Ngounié est sur l'autre rive. Marcus prendra une petite pirogue locale pour aller
demander au capitaine de venir nous chercher.
Une heure et demi plus tard, nous sommes de l'autre côté et notre expédition peut commencer.
Trois heures de piste et nous rejoignons Ikobey, dernier point cité sur la carte.
Nous nous renseignons ensuite dans les villages pygmées ( il faut dire "Babongo" qui est moins péjoratif ) qui nous indiquent la direction jusqu'au dernier village Tchibanga. Un peu plus loin la piste se divise en deux :
à gauche elle continue jusqu'à Makoko en traversant d'autres villages pygmées ( qui sont maintenant largement mélangés avec les bantous), à
droite direction Waka. La piste devient plus difficile et visiblement aucune voiture n'est passée par là depuis un moment.




Des ponts restaurés récemment nous permettent cependant de continuer mais il vaut mieux s'arrêter à chaque fois pour en vérifier la solidité et les gros trous qui les bordent. Nous hésitons sur
la marche à suivre : on retourne à Tchibanga pour passer la nuit au village et faire une ballade le lendemain ou bien on continue pour aller dormir quelque part dans la forêt. On se donne encore
une demi- heure et si on ne trouve rien, on fait demi-tour.
Quelques kilomètres plus loin un pont effondré entrave notre progression, impossible de passer. De l'autre côté s'étend ce qui semble être un
ancien campement forestier. Deux africains gardent le lieu. Le parc commence en fait ici. Le campement est celui d'un ancien chantier forestier malaisien, abandonné en 2002 lors de la création du
parc de Waka et repris par WCS qui gère le parc. Des baraquements sommaires mais corrects permettent d'y passer la nuit.


Nous ferons deux ballades dans la forêt, la première ce jour en fin d'après -midi, la seconde le lendemain matin en compagnie de Rodrigue et Romain les deux gardiens. Le soir ils nous préparent
le dîner, riz et sardines. Des traces et des bouses d'éléphants sont présentes partout. Etant au fond d'une faille les possibilités de fuite sont limitées et je me suis demandé plusieurs fois où
aller en cas de rencontres souhaitées mais peut-être inopportunes avec un de ces pachydermes. Nous les verrons ...pendant la nuit. Rodrigue nous avait prévenu qu'ils aimaient roder autour du
campement pendant la nuit.


A 23 heures, j'entends casser des branches. J'aperçois dans la pénombre un éléphant juste en face à trente mètres. Il disparaîtra dans la nuit. A deux heures du matin, un autre ( ou le même)
viendra se frotter le cuir contre les murs du baraquement provoquant un mini tremblement de terre.
Les stigmates du passage des forestiers sont nombreux. Peu scrupuleux, ils n'épargnent aucun arbre de diamètre exploitable. Les arbres sont fins et la forêt primaire a complètement disparu. On peut espérer que le climat équatorial permettra la repousse des anciennes essences mais des décennies seront nécessaires avant de retrouver l'équilibre de la flore.
Mais la randonnée à travers la forêt reste un grand plaisir et l'on ressent la force de cette nature qui a la volonté de se régénérer. Fleurs, insectes, singes, oiseaux ( touracos magnifiques) conquièrent à nouveau le paysage. Nous avons le privilège d'assister à cette renaissance.
Midi, il est temps de partir car le bac nous attend pour 16 heures et il ne faut pas traîner.
Je démarre. Rien. Plus de batterie.
Rodrigue m'avait demandé la batterie hier pour démarrer le groupe électrogène et il a du forcé un peu.
Problème: comment démarrer un Toyota Land cruiser en pente à cinq mètres d'un précipice ?
réponse : il faut pousser.
A 13H30, épuisés, transpirants à grosses gouttes, après avoir déchargés au maximum la voiture, tentés une manoeuvre de traction avec le cric Hilift, nous avons gagnés une dizaine de
mètres.
Il est temps de tenter le démarrage dans la pente sur les 15 mètres dont je dispose.
ça marche ! il me restait 1M50 de marge d'erreur.
Mais nous n’avons plus que 2H30 pour le chemin du retour. Je préviens mes camarades de jeux que je vais devoir rouler un peu vite. Jorn et Marcus à l'arrière goûteront au plafond et aux vitres de
la voiture. Pour la première fois depuis mon départ de France, je vais faire décoller ( bien involontairement) les quatre roues du 4X4.
Nous arriverons à 16H30 et pourrons franchir le fleuve en même temps qu'un camion.




J'arriverai à l'hôpital juste à temps pour reprendre ma garde du samedi soir. Un peu crotté, mais heureux