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4 octobre 2021 1 04 /10 /octobre /2021 18:26

 

 

Mars 2019 : nous en étions restés là.....

 

 


Ereintés, fourbus, un kayak percé, une seule pagaie, tordue, au terme d'une expédition où les gorges de la Moukalaba nous avaient avalés tout crus.

Notre projet était de descendre la rivière Moukalaba jusqu'à Digoudou, mais au vu de notre état, nous nous sommes arrêtés au village de Doussala.

 

 

Septembre 2021:

 

Nous ne pouvions cependant pas en rester là. 

 

 

 

A partir de Mourindi, nous traversons la longue et magnifique plaine Porro:  des feux de savane l'ont régénérée et déjà une nouvelle herbe tendre attire buffles, éléphants et un troupeau de plus d'une centaine de cobes de Fassa, antilopes présentes exclusivement dans la région. 

 

Cette étape préliminaire est déjà en soi un authentique safari qui à lui seul justifie le déplacement.

 

 

 

 

 

 

 

A Doussala se situe un des camps de base de l'IRET ( Institut de Recherche en Ecologie Tropicale) qui, en collaboration avec l'Université de Kyoto, étudie depuis plus de 10 ans les gorilles de la région. En annexe de la démarche scientifique, un long processus d'habituation permet aux visiteurs d'approcher, avec toujours une distance minimale de 10 mètres, un groupe de gorilles des plaines.

J'avais, au cours de mes pérégrinations dans le pays, eu l'occasion à plusieurs reprises de croiser des gorilles traversant la piste, de les voir ou de les entendre au loin dans la forêt, mais l'expérience de pouvoir les observer en toute quiétude pendant une heure, au sol ou se nourrissant dans des arbres proches, dans une cohabitation paisible, me tentait depuis longtemps. 

 

Après avoir traversé la rivière Moukalaba, nous nous retrouvons dans le parc national de Moukalaba Doudou. Les pisteurs suivent quotidiennement le groupe et se basent sur le dernier repérage de la veille.

 

Au bout de 3 heures de recherche dans cette mosaïque de forêt-savane, le groupe est repéré en pleine dégustation de fruits de lianes.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le grand mâle dos argenté nous attend un peu plus loin.

 

Le processus d'habituation est long, plus de 5 ans, mais le résultat est la hauteur de cette persévérance. Grâce à cette approche discrète, nous pourrons côtoyer nos cousins génétiques pendant une heure.

Et comme toujours avec les grands singes, il y aura cette succession troublante de regards, d'attitudes, de comportements, qui nous rappellent en permanence cette proximité et les mystères de l'Evolution.

La plupart des hominidés se sont adaptés à la nature, l'Homme a choisi d'adapter la nature à lui.

 

 

Il a appelé ça le Développement. 

 

Il n'y a pas d'autre mot que ce regard

Jeune mâle dos argenté, un peu isolé du groupe, une légère blessure à l'avant-bras, séquelle de rivalité de dominance?

 

Nous avons vécu une heure avec ce groupe, c'est trop court, on voudrait passer la journée avec eux. Mais la pérennisation de ce genre d'ingérence exige des rencontres limitées dans le temps et dans l'espace.

Ces instants resteront gravés dans ma tête et validés définitivement dans ma bucket list.

Le problème, c'est qu'elle est longue.....

 

 

Le lendemain, nous mettons les kayaks à l'eau de bonne heure afin de rejoindre la Mbani avant la nuit. Il pluvine et cette pluie fine, qui nous accompagnera toute la journée, ne favorise pas la prise de photos. De toute façon nous ne sommes pas très bien équipés en ce domaine. De plus en kayak, il est très difficile de ramer, d'écarter les mouches tsé-tsé,  de sortir l'appareil de sa boîte étanche et de procéder aux réglages de lumière et de distance. 

Nous nous concentrerons sur la vision et les dangers éventuels.

Et peut-être ce crachin favorisa t-il cet exceptionnel parcours entre Doussala et Mbani qui nous attendait.

 

 

 

 

Une heure à peine après notre départ, nous surprenons un premier groupe de gorilles dans les arbres. 

Tout excités par cette chance, nous les observons pendant une demi-heure.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais nous avons encore du chemin à parcourir.

 

 

 

 

Cette journée ne devait cependant pas être comme les autres.

 Dans cette forêt-galerie de portraits, les échanges visuels et silencieux se poursuivront à quatre reprises nous laissant esbaudis et pantelants, comme des gamins devant leur premier feu d'artifice.

Cinq rencontres au fil de l'eau, au cours desquelles on ne sait plus qui observe l'autre et quel congénère s'étonne de l'étrange aspect de son vis-à-vis.

 

Le partage de cette curiosité réciproque étreint le temps et dilue dans les limbes ce qui n'est pas l'endroit et l'instant présent.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Plus loin une famille d'éléphants, papa, maman et le petit, traverse la rivière, encore peu large sur cette portion.

Le courant nous emporte doucement en cette fin de saison sèche.

Nous surprenons de multiples singes ( mangabeys, nez blanc, moustacs, colobes) et de nombreux oiseaux dans les frondaisons ( touracos, grands calaos, ibis, tantales, aigles pêcheurs, vautours palmistes).  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au détour d'un coude de la rivière se reflète le mur d'une petite falaise, illuminé par une éclaircie passagère, ainsi qu'un banc de sable caillouteux qui limite la navigation à cet endroit.

Deux grosse têtes rosées surgissent soudain: des hippopotames qui nous barrent le passage.

L'hippo, par sa masse, est un animal impressionnant et potentiellement dangereux, surtout vu au ras de l'eau à hauteur de kayak. Les histoires de pirogues renversées ou croquées par son immense mâchoire sont nombreuses. En bateau à moteur, on les observe à distance, le moteur en marche.

Nous freinons immédiatement notre progression et nous nous immobilisons en nous agrippant aux branches basses de la berge. Ils sont en plein milieu et leur immersion peut durer de longues minutes, sans pouvoir deviner où ils vont réapparaître.

En général, s'il n'est pas incommodé par cette présence, l'animal est stoïque, surveille lors de ses apparitions à la surface la position et le comportement de l'intrus, puis retourne à ses occupations subaquatiques.

Mais il peut devenir agressif, surtout lorsqu'il s'agit d'une mère et de son petit, ce qui semble être le cas.....

Et pourtant, à notre grande surprise, le couple sort de l'eau, émerge sur le banc de cailloux.... et s'enfuit en courant en aval, dans la direction opposée, la rivière étant peu profonde, sur  une bonne centaine de mètres. L'allure de ces deux énormes masses dodelinantes est un spectacle plutôt comique, jusqu'à ce qu'elles retrouvent de la profondeur et disparaissent à nouveau.

Nous suivons le cours de l'eau, circonspects et attentifs, toujours à proximité de la rive, au cas où....

 

Une première tête réapparaît, sur la gauche, de l'autre côté.

La prudence nous enjoint à la patience.

Ca y est deux paires de narines, d'yeux et d'oreilles sont maintenant visibles.

Les mastodontes nous regardent.

Je demande à Olivier de rester en arrière, afin qu'ils ne soient pas à nouveau   

effrayés par son faciès désavantageux.

Nous nous guettons mutuellement et j'en profite pour contourner lentement l'obstacle. Je suis passé. Olivier suivra quelques minutes plus tard.

 

Ce scénario se répétera à deux reprises, avec un mâle solitaire bien campé sur ses positions, puis avec un autre duo, proche de la rive opposée, indifférent à notre présence.

Ces émergences soudaines réclament toute notre vigilance.

Un faible courant nous porte.

Des buffles venus s'abreuver dans la rivière, des éléphants s'enfonçant dans les feuillages jalonneront par la suite ce cours d'eau magique. 

 

Mais au milieu de ce décor originel , des espèces beaucoup moins volumineuses mais considérablement plus agressives et sournoises protègent ce bestiaire fabuleux.

L'humanoïde glabre, pourvu de vêtements de couleur foncée à manches courtes, sera leur souffre-douleur préféré. La mouche des rivières ou glossina palpalis se déplace en bandes, en hordes, en nuages. Elle se délecte du sang de ses victimes. Sa piqûre est douloureuse et laisse un oedème localisé.

Plus connue sous le nom de mouche tsé-tsé, elle peut transmettre la trypanosomiase ou maladie du sommeil. Des campagnes d'éradication et de traitements massifs en sont heureusement presque venus à bout

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chapeau, vêtements longs de couleur claire, chaussettes, chaussures sont les éléments de protection indispensables. Une simple couche de vêtements ne suffit pas, il faut doubler.

On n'avait pas pensé aux gants. Olivier adore s'habiller de bleu foncé qui est la couleur qui les attire le plus. Ce garçon est un rebelle.

La bête est insidieuse, se faufile dans le moindre recoin négligé, vous harcèle sans cesse, vous arrache des jurons que le plus vindicatif des charretiers agnostique et irascible n'oserait proférer.

Elle vous laisse pantois, anéanti, au bord de l'implosion métaphysique. 

Mais ces désagréments accessoires ne peuvent gâcher la fête permanente du

spectacle de la Nature.

 

Piqués, mais heureux.

 

En fin d'après-midi, un banc de cailloux émerge à faible hauteur, suffisamment plat et étendu pour notre premier bivouac.

Sur la droite se révèle l'entrée d'une étroite rivière. On discerne au loin un tronc d'arbre qui en barre l'accès.

Le niveau d'eau est encore bas en cette fin de saison sèche.

 

C'est la rivière Mbani. Notre première escale.

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