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25 juin 2018 1 25 /06 /juin /2018 11:24

 

 

L'Ogooué est l'artère principale du Gabon, son aorte, qu'elle irrigue dans un axe sud-est, nord-ouest, du Congo à l'embouchure de Port-Gentil. Depuis plusieurs années, un drôle de globule rouge sillonne cette artère, rivières et lacs où elle s'épanche. Un premier long périple l'avait mené de Lambaréné à Port-Gentil et l'idée avait germé alors de faire le parcours de ce fleuve mythique dans son intégralité.

 

 

Je rentrais en contact avecJohn, ichtyologue américain de l'Université de Cornell, Ithaca, qui a étudié pendant des années les poissons d'eau douce du Gabon, en particulier les mormorydées ( poissons électriques).

 

au labo d'ichtyologie de Cornell University.
John et le poisson -éléphant

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Des contingences matérielles ont empêché ce projet d'aboutir mais nos longues discussions avec John m'ont aidé à formaliser ce projet. L'Intégrale de l'Ogooué en une seule fois nécessitait une logistique complexe, surtout si nous voulions l'associer à des travaux de recherche ichtyologiques. Je décidais alors de partir seul et d'effectuer cette Intégrale en 4 étapes. J'avais parcouru le premier tronçon en 2013 ( Lambaréné- POG), je connaissais déjà exactement quel serait le second.

 

 

La route puis la piste qui mène de Ndjolé à la Lopé offre des points de vue magnifiques sur cette portion du fleuve. En saison sèche, bancs de sable et îlots rocheux émergent au creux d'une forêt luxuriante. Enfin j'allais réaliser ce rêve de faire ce parcours en kayak. Le fleuve y est capricieux,le courant puissant, les rapides nombreux, de nombreux passages inconnus, il fallait bien qu'un jour je parcours de l'intérieur ce paysage somptueux. La bonne fortune mit Diego sur mon chemin, citoyen espagnol travaillant pour l'Union Européenne à Libreville, et amateur de challenges sportifs (vélo, escalade, kayak). Je lui expliquais mon projet, qui l'enthousiasma immédiatement.

 

 

 

Nous sommes arrivés le soir du 08 juin, la date est importante, en fin de saison des pluies pour que le niveau des eaux soit encore élevé, en début de saison sèche pour ne pas avoir à souffrir du climat, des orages, et pour bénéficier des premiers bancs de sable propices aux bivouacs.

La piste qui mène du pont d'Alembé au village de la Lopé, soit une centaine de kilomètres est éprouvante pour les organismes et le véhicule. Manny, qui en a vu d'autres, y laissera une lame de suspension et connaîtra quelques troubles visuels sur les dix derniers kilomètres à la nuit tombée ( phares atteints de spasmes). Cet environnement difficile et peu fréquenté nous permettra de surprendre une maman éléphant et son petit dans les herbes au bord de la piste, une jolie civette, un rat palmiste ébloui par les phares figé au milieu de la piste, et au petit matin deux sitatungas (ou guib d'eau) traversant la piste à deux endroits différents.

Avec 2 kayaks gonflables et une logistique réduite au minimum nous voilà au village de Mokéko, prêts au départ sur la petite plage de l'hôtel de la Lopé.

 

 

 

Parc national de la Lopé
Lopé National Park river crop.jpg
Géographie
Adresse
Coordonnées
Superficie
4 970 km2
Administration
Type
Catégorie UICN
Identifiant
Création
Administration
Localisation sur la carte du Gabon
voir sur la carte du Gabon
Green pog.svg

Le parc national de la Lopé est un site protégé du Gabon, inscrit depuis 2007 sur la liste du Patrimoine mondial de l'UNESCO sous le nom de « Écosystème et paysage culturel relique de Lopé-Okanda »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 À proximité des savanes du nord, on trouve une forêt de marancées, dont l'origine est encore peu claire et très discutée. Celles du nord-ouest sont généralement non arbustives. L'origine de ces savanes reste encore, scientifiquement, non expliquée.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le relief de la partie nord-est de la réserve est composé de collines à faibles pentes. Le reste du site, au relief accidenté, est découpé et dominé par des collines à fortes pentes ; l'est et le sud, drainés par les affluents de l'Offoué, le nord et l'ouest par la Lopé et plusieurs affluents de l'Ogooué

 

 

 

 

 

 

09/06/2018

 

Très vite nous serons happés par ce courant qu'il nous faudra domestiquer tout au long de notre périple, et par la beauté incomparable de cette partie de l'Ogooué. Nous avançons rapidement au creux des paysages vallonnés qui ont dessiné les méandres du fleuve. Des bosquets longent les rives surplombées en arrière-plan par ces collines de savanes mystérieuses.

 

 

 

Trente kilomètres nous séparent du pont d'Ayem qui enjambe le fleuve.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Peu après viendra l'heure du premier arrêt, repos bien mérité après un passage ....un peu technique.J'avais jusqu'à ce jour toujours voyagé sur la partie dite navigable de l'Ogooué qui va de Ndjolé à Port-Gentil.Il fallait gérer simplement le flux du courant et les bancs de sable en saison sèche.Nous allons apprendre très rapidement à nous adapter aux éléments, émotions à l'unisson de la beauté du site. 

 

Vagues à bonds

 

Plage de repos

 

Le temps passe, étonnés, émerveillés, enchantés, nous sommes emportés. Les paysages défilent, le courant passe, un globule rouge et un globule vert se laissent aller....

Le soir approche. Un petite île paradisiaque s'offre à nous. On accroche la moustiquaire à une branche basse, on sort la tambouille et l'on profite des derniers rayons du soleil pour faire le tour de l'éphémère locataire.

 

 

10 juin 2018

Nous reprenons notre route, entre rochers porteurs de souvenirs de la saison des pluies, barrières végétales où il faut s'infiltrer,

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

et décors somptueux où lentes constructions minérales se marient aux patientes élaborations végétales.

 

 

 

La piste longe l'Ogooué par intermittence mais c'est véritablement le train, le transgabonais qui relie Libreville et Franceville. Il transporte le manganèse de la COMILOG à Moanda, mais aussi du fret, le bois et des passagers. Le trajet est lent parfois chaotique, surtout quand une collision avec un éléphant vient interrompre le trafic. Nous approchons de la gare d'Ayeme, nouveau repère.

 

 

 

 

On nous avait promis des rapides, des passages dangereux, de traîtres rochers. 

Il existe en effet des passages pas sages, il faudra bien sûr de temps en temps vider le kayak qui s'est rempli d'eau mais à condition de garder l'embarcation toujours face à la vague, nos kayaks gonflables s'en sortent très bien. Le seul vrai danger dans ces reliefs et courants tourmentés viendra des tourbillons puissants, imprévisibles, mouvants, apparaissant et disparaissant sans qu'on puisse les anticiper. Ce sont probablement les génies du fleuve mutins et sournois, qui testent notre audace. Ils peuvent s'enchaîner, dans le sens des aiguilles d'une montre ou inversement ( nous sommes sur l'équateur), se déplacer de façon aléatoire, s'effacer à gauche pour renaître à droite. Les plus profonds peuvent former un entonnoir virevoltant de plus d'un mètre de profondeur. Aspiré en arrière vers le fond par l'un d'eux, j'ai du ramer comme un damné afin de maintenir le kayak en équilibre à 45° pour ne pas sombrer. A cheval sur un autre, en diagonale parfaite sur ses bords, j'ai fait trois tours sur moi-même sans possibilité de contrôler quoi que ce soit. On s'y habitue et progressivement on finit par repérer de loin les zones tourbillonnantes.

 

Nous n'arriverons pas à Ndjolé ce soir et il est toujours préférable de se trouver un bivouac avant la nuit.

 

 

11 juin 2018

La nuit fut agitée pour Diego qui a subi une attaque de fourmis sous sa moustiquaire. Au petit matin, la casserole que j'avais judicieusement  posée au bord de l'eau pour préserver notre restant de semoule avait disparu. Nous nous perdîmes en conjectures sur le mystère de cette disparition: une vague un peu forte? impossible. Un singe malicieux? sur notre île, difficile à croire. Aucune trace de python ou de varan ( comme nous en avions vu sur d'autres plages).

Seule conclusion possible: les génies avaient faim.

Les rapides se calment, mais il reste un ultime obstacle, les rapides du pont de Ndjolé qui transporte la voie de chemin de fer d'une rive à l'autre, et qu'on nous a promis très difficiles....


 

 

 

 

 

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commentaires

J
Extraordinaire..ca fait rever.
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D
La nouvelle saison de misterdelouest ne faiblit pas. Vivement la suite.
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